La situation actuelle à Madagascar marque une période de transition politique majeure depuis octobre 2025. Le colonel Michaël Randrianirina a pris le pouvoir après la chute du président Andry Rajoelina et s’est engagé à conduire une transition vers un gouvernement civil en moins de deux ans. Parallèlement, le pays fait face à des défis sécuritaires persistants, avec une inflation estimée entre 25 et 35%, des pénuries d’eau et d’électricité chroniques, et les dégâts considérables du cyclone Gezani survenu en février 2026 qui a fait plus de 30 morts. Cet article synthétise l’état réel du pays, au-delà des titres alarmistes, pour les voyageurs, expatriés et investisseurs qui cherchent à comprendre la trajectoire de Madagascar.
La transition politique depuis octobre 2025
Le colonel Michaël Randrianirina a pris le pouvoir en octobre 2025 après une période de tensions croissantes sous la présidence d’Andry Rajoelina. Ce changement marque une rupture institutionnelle majeure mais s’inscrit dans un cycle politique récurrent : depuis 1992, chaque transition a généré des contestations autour de la légitimité constitutionnelle.
Randrianirina a annoncé une transition vers un gouvernement civil de moins de deux ans, promettant une démocratisation progressive. Cependant, les signaux institutionnels restent mixtes. En avril 2026, la génération Z malgache exprime des demandes de meilleure gouvernance, dénonçant un régime encore jugé répressif par les mouvements citoyens. Source: tv5monde.com
La question centrale : cette transition dépassera-t-elle le pattern d’instabilité constitutionnelle qui caractérise Madagascar depuis trois décennies ?
Suspension du gouvernement et restructuration
Randrianirina a suspendu le gouvernement et déstitué le premier ministre quelques mois après sa prise de pouvoir. Cette décision révèle les tensions entre l’exécutif transitoire et les anciens cadres politiques. L’Assemblée Nationale, composée de 163 sièges, demeure fragmentée sur des bases régionales et clientélistes, entravant les réformes structurelles.
Sécurité : retour au calme relatif, vigilance renforcée
Depuis plusieurs mois, les sources officielles rapportent un retour au calme relatif en matière d’ordre public à Antananarivo et en province. Cependant, ce « calme » masque des vulnérabilités persistantes : délinquance élevée, tension chroniques autour des pénuries de services publics, et manifestations ponctuelles liées aux frustrations économiques.
Source: diplomatie.gouv.fr classe l’ensemble du territoire en vigilance renforcée (code jaune). Le Ministère français des Affaires étrangères déconseille fortement de s’aventurer seul et sans structure organisée, notamment en fin de journée.
Indicateurs clés de sécurité
La délinquance reste structurelle, concentrée dans les grands centres urbains. Les touristes et expatriés doivent respecter les recommandations basiques : éviter les déplacements nocturnes, utiliser des transports de confiance, et se tenir informés via les ambassades.

Cyclone Gezani : catastrophe humanitaire en février 2026
En février 2026, Madagascar a été frappée par le cyclone Gezani, l’une des tempêtes les plus meurtrières de la décennie. Le bilan officiel dépasse 30 morts, avec des centaines de blessés. La deuxième ville du pays, Antalaha, a subi des destructions estimées à 75%, selon les évaluations préliminaires.
Ce catastrophe a deux impacts critiques :
- Humanitaire : population affectée sans accès à l’eau, électricité, santé, chaînes d’approvisionnement rompues
- Économique : destruction d’infrastructures routières, agricoles (vanille, cacao), isolement temporaire de régions entières
Source: france24.com et Source: tv5monde.com ont documenté l’ampleur des dégâts et les défaillances de l’aide d’État. Les ONG internationales restent les principaux vecteurs d’assistance d’urgence.
Pénuries d’eau et électricité : un problème structurel
Les difficultés d’approvisionnement en eau et électricité ne sont pas nouvelles mais se sont aggravées. La Jirama, société nationale d’électricité, traverse une crise chronique de sous-investissement et de fuite financière. À Antananarivo, les coupures d’électricité sont quotidiennes, oscillant entre 4 et 12 heures par jour selon les quartiers.
Les pénuries d’eau affectent particulièrement la capitale, avec des tensions sur l’accès pour les ménages et les commerces. Ces carences génèrent :
- Des manifestations régulières réclamant des services publics
- Une perte de productivité estimée à 2-3% du PIB local
- Une pression accrue sur les populations vulnérables et les investissements privés

Le gouvernement de transition a reconnu ces défaillances mais dispose de peu de ressources pour les résoudre à court terme. Les réformes institutionnelles de la Jirama sont à l’agenda, sans calendrier clair.
Contexte économique : inflation et volatilité
L’économie malgache reste fragile. L’inflation est estimée entre 25 et 35% pour la période 2023-2025, éroding le pouvoir d’achat des salariés et des classes moyennes. Le taux de change USD/ariary oscille autour de 5000 ariary pour 1 dollar, reflétant une perte de valeur continue.
Les secteurs stables :
- Télécom : croissance stable, bonne couverture réseau
- Agriculture d’export (vanille, cacao) : demande externe soutenue mais affectée par cycles climatiques
- Remittances : environ 3-4% du PIB, provenant de la diaspora (France, Île Maurice, États-Unis)
Les secteurs en difficulté :
- Industrie manufacturière : désinvestissements, délocalisations
- Tourisme : ralentissement lié à la perception de risque et aux crises naturelles
- Emploi formel : taux de chômage jeunesse estimé 20-25%
La Banque Mondiale et le FMI supervise un programme d’ajustement structurel, mais les résultats macroéconomiques restent mitigés. Madagascar continue de dépendre des financements externes et des investissements diaspora pour financer ses importations critiques.

Manifestations et tensions citoyennes
Les manifestations à Madagascar ne sont jamais absentes longtemps. Elles répondent généralement à :
1. Demandes de gouvernance : corruption, transparence budgétaire
2. Enjeux économiques : augmentation des prix, accès aux services
3. Frictions politiques : légitimité du pouvoir, exclusion de groupes
4. Crises environnementales : réaction aux sécheresses du sud, cyclones
La génération Z malgache (25-35 ans) s’affirme comme force politique, exigeant une meilleure gouvernance et une rupture avec les élites traditionnelles. Ces mouvements restent décentralisés et non-armés, mais peuvent créer des perturbations temporaires dans les transports et commerces urbains.
Voyager à Madagascar : conseils pratiques actuels
Voyager à Madagascar en 2025-2026 est possible mais exige prudence accrue. Voici les recommandations essentielles :
Zone verte (relativement sûre) :
- Antananarivo (capitale) avec précautions standard
- Côtes ouest et nord-ouest (Morondava, Antalaha avant Gezani)
- Île Sainte-Marie et zones touristiques établies
Zone orange (vigilance) :
- Sud-est (banditisme localisé, routes dégradées)
- Zones rurales éloignées sans infrastructure
- Régions post-Gezani (infrastructure détruite, accès limité)
Zone rouge (déconseillée) :
- Régions isolées du sud-est en raison du banditisme organisé
- Zones affectées par les sécheresses humanitaires
Source: voyage.gc.ca et Source: diplomatie.gouv.fr publient des conseils aux voyageurs régulièrement mis à jour.
Mesures essentielles :
- Vérifier l’état des routes avant déplacement (cyclones peuvent les rendre impraticables)
- S’inscrire auprès de son ambassade
- Disposer d’une assurance santé couvrant les évacuations médicales
- Éviter les déplacements nocturnes en zones urbaines
- Utiliser des transporteurs locaux reconnus (hôtels, tour-opérateurs établis)
État des institutions et contexte politique long terme
Pour comprendre la stabilité actuelle, il faut replacer Madagascar dans son cycle institutionnel. Depuis 1992, le pays a connu six constitutions, quatre présidents destitués ou démis, et trois coups d’État ou changements violents de pouvoir.
Ce pattern révèle un problème architectural : chaque constitution est rédigée par le pouvoir en place pour le servir, sans consensus large. Oppositions contestent systématiquement la légitimité du cadre institutionnel, créant une instabilité quasi-permanente.
La transition actuelle diffère légèrement : elle est militaire, transitoire, et affiche un horizon civil. Si elle tient ses promesses, elle pourrait rompre le cycle. Sinon, Madagascar risque un nouveau tour de manège politique.

Les acteurs non-étatiques pèsent lourd : églises, ONG, réseaux informels, et diaspora influencent autant les trajectoires que les politiques officiels. Ignorer ces forces serait mal diagnostiquer Madagascar.
Régionalisation : au-delà du bloc homogène
Madagascar n’est pas un bloc unique. Les différences Antananarivo/régions sont structurelles :
- Tana : concentration du pouvoir, médias, finance, éducation supérieure, mais aussi tension majeure sur services publics
- Côtes : économie tournée vers ports, pêche, tourisme, plus isolées politiquement
- Hautes Terres (Antananarivo, Antsirabe, Fianarantsoa) : agriculture, population dense, volatilité politique récurrente
- Sud : climat aride, sécheresses fréquentes, crises humanitaires cycliques, peu d’intervention État
Un article sur « Madagascar » doit absolument distinguer ces réalités régionales. Le sud ne vit pas la même crise que Tana, et vice versa.
Perspectives à court et moyen terme
Les scénarios probables pour 2026-2027 :
Scénario optimiste : la transition tient ses délais, élections civiles en 2027 se déroulent sans violence majeure, institutions consolidées progressent.
Scénario central : transition prolongée de facto, jeux politiques souterrains intenses, réformes partielles, stabilité fragile maintenue.
Scénario pessimiste : blocage institutionnel, retour à tensions violentes, nouvelle crise politique, instabilité 2027-2028.
Les acteurs externes (France, Afrique du Sud, ONU, Banque Mondiale) continueront de peser via aide, conditions, diplomatie. La diaspora malgache restera un facteur économique et politique non-négligeable.
La vraie question n’est pas « Madagascar se stabilise-t-elle ? », mais « le cadre institutionnel peut-il sortir de son cycle d’auto-destruction ? » Les six mois prochains seront critiques.
Questions fréquentes
Quel est le problème actuel à Madagascar ?
Madagascar cumule trois crises : transition politique depuis octobre 2025 avec consolidation institutionnelle inachevée, pénuries chroniques d'eau et électricité provoquant des manifestations, et impacts majeurs du cyclone Gezani (février 2026) ayant tué plus de 30 personnes et détruit 75% d'Antalaha. L'inflation 25-35% érode le pouvoir d'achat malgré une stabilité relative de l'ordre public.
Est-il possible de voyager à Madagascar en ce moment ?
Oui, mais avec précautions. Les zones côtières touristiques établies (Île Sainte-Marie, Morondava) restent accessibles. Antananarivo est visitable avec vigilance standard (pas de déplacements nocturnes). Évitez le sud-est (banditisme), les régions post-Gezani, et les zones isolées. Consultez votre ambassade et souscrivez une assurance santé couvrant évacuations.
Est-il conseillé d'aller à Madagascar ?
Cela dépend du profil. Voyageurs expérimentés habitués aux zones émergentes : oui, en respectant les recommandations. Touristes peu mobiles ou cherchant confort touristique classique : déconseillé. Expatriés/investisseurs : oui si objectif économique/professionnel clair et réseau local établi. Vérifiez les avis récents (moins de 3 mois) avant tout déplacement.
Madagascar est-elle une destination touristique sûre ?
Partiellement. Sécurité relative en zones touristiques côtières et Tana centre avec précautions. Délinquance élevée en fin de journée et zones isolées. Risque ponctuels : manifestations (généralement non-violentes), cyclones saisonniers, routes dégradées post-catastrophes. Classée vigilance jaune par France Diplomatie. Pas "dangereuse" mais "à respecter sérieusement".
Comment les manifestations affectent-elles la vie quotidienne à Madagascar ?
Les manifestations sont ponctuelles et généralement pacifiques. Impacts : blocages routiers temporaires (2-4 heures), fermetures de commerces le jour même, transports publics perturbés. Elles expriment des demandes légitimes (services publics, gouvernance) plutôt que violence politique. Pour les voyageurs : éviter les rassemblements, consulter infos locales quotidiennes.
Quels sont les principaux défis économiques de Madagascar ?
Inflation 25-35%, dépendance aux importations avec faible réserve de change, Jirama (électricité) en faillite, chômage jeunesse 20-25%, sous-investissement infrastructure. Points positifs : télécom stable, vanille/cacao d'export demandés, remittances diaspora (3-4% PIB). Secteur formel limité, économie largement informelle.
Quelles mesures de sécurité sont recommandées pour les voyageurs ?
Éviter déplacements nocturnes, utiliser transports de confiance (hôtel, tour-opérateurs établis), s'inscrire ambassade, assurance santé/évacuation, vérifier routes avant trajets longs (cyclones), ne pas afficher objets de valeur, consulter infos locales quotidiennes. En manifestation : éloignez-vous. Pharmacies et hôpitaux privés disponibles Tana, qualité variable régions.
Peut-on aller à Madagascar en ce moment sans risque majeur ?
Risque majeur zéro n'existe nulle part. Madagascar : risques modérés-gérables pour voyageurs avisés, risques élevés pour non-préparés. Ordres publics stables (jaune), criminalité ciblée (évitable par précautions), catastrophes naturelles (saisonnières, cyclones février-avril). Bilan : faisable intelligemment, déconseillé naïvement.